
La Risk Breakdown Structure (RBS) permet d’organiser les risques selon leurs principales sources et de visualiser les différents niveaux de risque d’un projet. Elle offre une vision hiérarchisée des risques et facilite leur identification, leur analyse et leur suivi.
Comment construire une RBS pertinente ? Comment la distinguer d’un registre des risques ou d’une WBS ? Et comment l’utiliser concrètement dans un projet industriel ?
Dans cet article, nous expliquons les principes de la RBS, sa méthode de construction et son utilisation pour structurer l’identification et l’analyse des risques projet.
Qu’est-ce qu’une Risk Breakdown Structure (RBS) en gestion de projet ?
La Risk Breakdown Structure (RBS) est une structure hiérarchique qui permet de classer les risques d’un projet selon leur source ou leur origine. Elle organise les risques en plusieurs niveaux, des grandes catégories jusqu’aux sources de risques plus précises. La RBS permet notamment de vérifier qu’aucune grande famille de risques n’a été oubliée lors de leur identification.
Par exemple, pour un projet de construction d’une usine, une RBS peut commencer par quatre grandes catégories, qui elles-mêmes seront ensuite décomposées en risques plus spécifiques :
- Risques techniques : conception, équipements, interfaces techniques.
- Risques liés au projet : planning, ressources, coûts, coordination.
- Risques externes : réglementation, fournisseurs, contexte économique.
- Risques liés à l’exécution : travaux, sécurité, mise en service.
La RBS ne constitue donc pas un registre des risques à proprement dit. Elle sert à organiser les sources de risques. Le registre vient ensuite détailler les risques identifiés, leur probabilité, leur impact, leur responsable et les actions à mettre en place.
Quelle différence entre RBS, registre de risque ou WBS ?
La RBS est souvent confondue avec d’autres outils de structuration du projet. Pourtant, RBS, registre des risques et WBS n’ont pas le même rôle.
La RBS organise les risques selon leurs sources. Elle répond à la question : d’où peuvent venir les risques ?
La WBS (Work Breakdown Structure) décompose le projet en éléments de travail. Elle répond à une autre question : qu’est-ce qui doit être réalisé ?
Le registre des risques recense les risques identifiés et permet de les suivre tout au long du projet. Il précise notamment leur probabilité, leur impact, leur responsable et les actions prévues.
Si on reprend notre projet de construction d’usine, la WBS peut contenir un lot « Installation des équipements ». La RBS peut identifier une catégorie « Risques fournisseurs », puis une sous-catégorie « Retards de livraison ». Le registre des risques pourra alors contenir le risque concret : « Retard de livraison du compresseur principal », avec son impact sur le planning et les actions de mitigation.
Ces trois éléments sont donc complémentaires :
- WBS → décomposer le travail
- RBS → structurer les sources de risques
- Registre des risques → identifier et suivre les risques
Comment structurer une RBS projet ?
Une RBS se construit progressivement, en partant des grandes sources de risques pour aller vers des catégories plus précises.
Définir les grandes catégories de risques (niveau 1)
Le niveau 1 donne la structure générale de la RBS. Il doit couvrir les principales sources de risques du projet, sans chercher à les détailler dès cette étape.
Les catégories sont à définir en fonction du contexte du projet, de son secteur, de son organisation et de ses contraintes. Une RBS adaptée à un projet industriel ne sera donc pas forcément identique à celle d’un projet informatique ou immobilier.
L’objectif est de construire une structure suffisamment large pour ne pas oublier une source de risque, mais suffisamment simple pour rester exploitable.
Décomposer chaque catégorie en sous-catégories (niveau 2,3)
Une fois les grandes catégories définies, on peut les décomposer en sous-catégories plus précises. On peut aller jusqu’à un niveau de détail qui permet d’identifier et nommer les risques.
Par exemple, une catégorie « Risques fournisseurs » peut être divisée en plusieurs sous-catégories : Achats – Livraisons – Fournisseurs
Il est possible d’ajouter un troisième niveau lorsque cela apporte une information utile. Par exemple, « Retard de livraison » peut être décomposé en retard de fabrication, retard de transport ou problème douanier.
Il faut toutefois éviter de multiplier les niveaux sans raison. La structure doit rester suffisamment détaillée pour guider l’identification des risques, mais assez simple pour être utilisée par les équipes projet.
Valider la structure avec toutes les parties prenantes
Une RBS ne doit pas être construite uniquement à partir du point de vue du risk manager ou du chef de projet. Les équipes qui interviennent sur le projet peuvent identifier des sources de risques différentes selon leur domaine d’activité.
Une revue avec les principales parties prenantes permet donc de tester la structure avant de l’utiliser. L’objectif est de vérifier que les catégories sont compréhensibles, qu’elles correspondent bien au projet et qu’aucune source de risque importante n’a été oubliée.
La validation permet également de repérer les doublons et les catégories trop larges ou trop spécifiques. Une même source de risque ne doit pas apparaître à plusieurs endroits sans raison. À l’inverse, une catégorie trop générale peut rendre l’identification des risques difficile.
Une fois validée, la RBS peut servir de référentiel commun pour les ateliers de risques, le registre des risques et les analyses réalisées tout au long du projet. Elle pourra également être ajustée lorsque le périmètre, l’organisation ou le contexte du projet évolue.
Comment identifier un risque projet avec un RBS ?
Plutôt que de partir d’une liste de risques déjà connue, l’équipe projet peut parcourir chaque catégorie de niveau 1 et se demander ce qui pourrait compromettre les objectifs du projet.
Cette approche permet de structurer les échanges lors des ateliers de risques et de faire émerger des risques qui pourraient autrement être oubliés.
Organiser des ateliers d’identification des risques
Les ateliers d’identification peuvent réunir toutes les parties prenantes qui connaissent chaque étape du projet. La RBS sert de support à l’atelier. Les équipes parcourt chaque catégorie et recherche les événements susceptibles d’affecter les objectifs du projet. Les échanges peuvent s’appuyer sur les retours d’expérience, les projets similaires et les contraintes propres au projet.
L’objectif est de faire émerger des risques suffisamment précis pour pouvoir ensuite être analysés et suivis.
Identifier les risques à partir des catégories
Chaque catégorie de la RBS permet d’orienter les questions posées pendant l’identification. Les équipes examinent un niveau, puis cherchent les événements qui pourraient se produire dans ce domaine.
Par exemple, sous « Risques fournisseurs », une partie prenante peut identifier un retard de fabrication, une non-conformité ou une défaillance d’un sous-traitant.
Sous « Risques techniques », l’analyse peut faire ressortir une erreur de conception, une incompatibilité entre deux équipements ou une modification technique tardive.
Cette méthode permet de passer progressivement de la source à un risque concret. Elle évite également de limiter l’analyse aux risques déjà connus de l’équipe.
Relier la RBS au registre des risques
Les risques identifiés sont ensuite enregistrés dans le registre des risques. La RBS permet de conserver leur classification et de retrouver la source à laquelle chaque risque est rattaché.
- RBS : Risques fournisseurs → Approvisionnement
- Risque : retard de livraison d’un équipement critique
- Registre : probabilité, impact, responsable, réponse au risque et échéance de l’action.
Le registre contient donc les informations nécessaires au suivi de chaque risque, tandis que la RBS permet de conserver une vision structurée de leurs sources.
Le croisement des deux permet aussi d’analyser la concentration des risques. Si de nombreux risques sont rattachés à une même branche, celle-ci peut nécessiter une attention particulière dans le pilotage du projet.
Les limites de la RBS
Une RBS permet de structurer l’identification des risques, mais elle ne garantit pas à elle seule la qualité de l’analyse. Certaines erreurs peuvent la rendre difficile à utiliser ou lui faire perdre son intérêt au cours du projet.
Confondre catégories de risques et risques individuels
Une RBS décrit les sources de risques. Elle ne doit pas devenir une liste de risques individuels.
Par exemple, « Risques fournisseurs » peut constituer une catégorie de la RBS. En revanche, « retard de livraison du transformateur principal » est un risque précis qui doit être enregistré dans le registre des risques.
Cette distinction est importante. Si chaque risque identifié devient une nouvelle branche de la RBS, la structure devient rapidement incompréhensible et difficile à utiliser.
Créer une structure trop complexe
Une RBS trop détaillée peut devenir difficile à comprendre et à maintenir. Multiplier les niveaux et les sous-catégories n’améliore pas forcément l’analyse.
Sur un projet industriel, une branche comme « Risques techniques → Équipements → Équipements électriques → Haute tension → Transformateur → Fournisseur X » peut aller trop loin si ce niveau de détail n’apporte rien à l’identification ou au suivi des risques.
La structure doit rester lisible pour les équipes qui l’utilisent. Le bon niveau de détail dépend du projet, de sa taille et du niveau d’analyse recherché.
Ne pas mettre à jour la RBS
La RBS est construite au début du projet, mais le contexte peut évoluer. De nouvelles interfaces apparaissent, certains lots sont modifiés ou de nouveaux fournisseurs interviennent.
Une catégorie absente de la RBS peut alors limiter les futures analyses de risques. Les risques liés à la chaîne d’approvisionnement peuvent devenir suffisamment importants pour nécessiter une nouvelle sous-catégorie.
La RBS doit donc être revue lorsque le périmètre, l’organisation ou les conditions du projet évoluent. Elle ne doit pas être considérée comme une structure figée une fois le premier atelier de risques terminé.
Ainsi la Risk Breakdown Structure (RBS) permet de structurer les sources de risques et de donner un cadre commun à leur identification et leur analyse. Bien construite, elle facilite les échanges entre les parties prenantes et complète le registre des risques.
Son efficacité dépend surtout de sa simplicité et de son adaptation au projet. Elle doit rester exploitable, évoluer avec le contexte et s’intégrer aux outils utilisés pour piloter les risques, le planning et les coûts.




